Comment S.M Djoumessi III Wamba Mathias à retrouvé le trône des Foreke
Dès les premiers rayons de soleil en ce lundi 12 septembre 2005, les populations de Foréké-Dschang n’avaient qu’une seule destination, à savoir le lieu dit Azaa, à l’esplanade de l’ex-chefferie Foréké-Dschang autrement appelée « King Palace » ; et où réside encore en toute quiétude l’usurpateur Nkenlifack Marius. Seulement, les premiers arrivés sur cet endroit choisi par les autorités administratives, ne pouvaient imaginer qu’ils seraient confrontés au premier incident de cet événement. En effet, ils se sont heurtés à une résistance farouche du sieur Nkenlifack Marius et ses enfants qui, à l’aide d’une horde de sécurité, étaient décidés à empêcher toute installation des tentes et chaises dans l’enceinte de l’ex-chefferie.
L’intervention du Sous-Préfet de Dschang, M. Chekem Abraham, venu très tôt pour s’assurer que les préparatifs vont bon train a permis de gérer cette tension en apaisant la foule qui grossissait au fil des minutes. Mais déjà selon certaines, un autre incident aurait surgi au cours de la réconciliation selon lequel, à la grande surprise du chef de terre, l’ex-chefferie construite de puis 1924 serait la propriété du sieur Nkenlifack Marius pour l’avoir borné en son propre nom. Qu’à cela ne tienne le Sous-Préfet a pris acte de toute la situation qu’il venait de vivre et a demandé aux populations d’occuper l’esplanade de la chefferie en attendant qu’il aille rendre compte au Préfet. Il est environ 9 heures lorsque le Préfet du département de la Menoua, M Awana Ateba et son importante suite font leur apparition sur les lieux de cérémonie. Ceux-ci se dirigent aussitôt vers la tribune officielle où l’avaient déjà précédé leurs majestés de Foto, Fongo-Ndeng, Baleveng, Fontsa-Toula, Fongo-Tongo, etc. la cérémonie peut enfin commence par l’hymne national suivi du chant patriotique du groupement Foréké-Dschang, et continuer par le mot du comité d’organisation, de celui du représentant du Conseil des Notables, de la lecture de l’arrêté du P.M par le Sous-Préfet de Dschang et de l’allocution du Préfet du département de la Menoua qui fixera aussi la procédure administrative en matière de consultations.
Prenant la parole au nom du comité d’organisation, Min Efo Nkem Djoumessi Gaétan, par ailleurs président de l’ADIFORD, a rappelé à l’assistance que la présente cérémonie est « l’aboutissement d’un long processus qui a atteint sa vitesse de croisière au lendemain du décès de Djoumessi II Edmond, 8è roi de la dynastie Foréké-Dschang ; puis de l’arrestation de son successeur Djoumessi III Wamba Mathias » selon les us et les coutumes Bamiléké. «Les populations sont jalouses de leur tradition », poursuivit-il ; « c’est pourquoi pour avoir déjà dit oui, elles ne sauraient se renier aujourd’hui ». il a aussi saisi l’occasion pour transmettre au nom des populations Foréké-Dschang une motion de soutien au Chef de l’Etat pour cet important arrêté du P.M qui met fin au bicéphalisme qui n’avait que trop duré dans ce groupement, ainsi que pour la nomination du Pr. Fomethé Anaclet, prince et notable du groupement Foréké-Dschang comme recteur de l’Université de Dschang. Le deuxième intervenant du jour, Efo Ngan Nkuilah Momo Bernard, représentant du conseil des « 9 » et des « 7 » notables, a d’emblée dans son intervention tenu à remercier le gouvernement au nom du peuple Foréké-Dschang, longtemps meurtri par les exactions d’un homme. Il prend à témoin la débordante joie des populations présentes qui traduit une sorte de soulagement et de gratitude au lendemain de l’arrêté du chef de gouvernement. Toutefois, il invite les autorités présentes à prendre au sérieux « les menaces à peine voilées dont sont coupables quelques frères officiant des messes de minuit ». il en a aussi profité pour les « mettre en garde de quelques agressions physiques ou atteintes au patrimoine dont l’un des artisans du changement pourra être victime pendant des décennies, car à toutes fins utiles, les pouvoirs publics seront tenus informés des développements afférents à cette situation ».
S’agissant du caractère très officiel de la mission du Préfet au lendemain de l’arrêté n° 111/CAB/PM du 22 août 2005 portant destitution de Nkenlifack Marius, le représentant des notables a rappelé que tout ressortissant, adulte et jeune connaît qui est son chef et pourquoi. « La succession dans nos us et coutumes, poursuit-il, suit le lignage et exclut la possibilité à plusieurs fils d’une même personne de s’asseoir sur le même trône, sauf cas de force majeure avérée. C’est suivant cette logique que les gardiens du temple que sont les 9 notables et éventuellement les 7, « donneront » le chef pour qu’il reçoive l’onction légale, conformément à la réglementation en vigueur ».
Par la même occasion, il a exhorté les fils et filles de ce groupement à se rassembler autour de leur chef pour qu’ensemble, réconciliés et unis, ils se concentrent désormais à la promotion du développement tant individuel que collectif.
En guise de doléance, il a formulé le vœu de voir leur chefferie élevée au grade de Chefferie de 1er degré pour la simple raison que la ville de Dschang, ville universitaire peuplée d’environ 100 000 habitants est abritée partiellement par le groupement Foréké-Dschang. Une doléance qui a fortement été soutenue par des salves d’applaudissements et des youyous.
Mot du Préfet de la Menoua, Monsieur Awana Ateba
Monsieur le Sous-Préfet de l’arrondissement de Dschang
Monsieur le Maire de la C.U de Dschang
Honorables Députés de l’Assemblée Nationale
Leurs Majestés, Chefs traditionnels
Chers Notables et Elites Foréké-Dschang
Je voudrai avant d’entrer dans l’essentiel, dire combien ma forte délégation et moi-même avons été très sensibles à votre accueil. Pour nous, cela traduit le retour à la concorde et à l’harmonie qui faisaient tant défaut à ce groupement.
Je voudrais aussi répondre tout de suite à l’un des intervenants de tout à l’heure que je ne viens pas pour la première fois à Foréké-Dschang comme il l’a annoncé ; ensuite, a partir du moment où vous êtes mes voisins immédiats, vous ne me chercherez plus.
De part mon tempérament, je n’aime pas le désordre, vous venez de suivre la lecture de l’arrêté du Premier Ministre ; il est authentique et signé de lui-même. C’est l’article 2 de cet arrêté qui m’amène ici aujourd’hui, il dit : « le P.M demande au Préfet de la Menoua de procéder sans délai … », ce qui veut dire « sans attendre ».
Je suis donc là pour procéder aux dites consultations. Si les populations de Foréké-Dschang ont déjà procédé à ladite élection, ce n’est pas légal au regard de la réglementation. Je suis donc là pour enregistrer toutes les candidatures, lesquelles seront traitées avec beaucoup d’impartialité en compagnie des autorités administratives qui m’accompagnent et des notables que je vais consulter.
Il s’agit pour moi de procéder aux dites consultations. Qui vous dit d’ailleurs que je ne les ai pas commencées depuis que l’arrêté a été publié ? Tout à l’heure, je vais me retirer avec ceux que j’ai cités plus haut pour procéder à la finalisation de cette situation.
Je souhaite que tout se passe dans la paix, l’ordre et la discipline ; ce n’est que par cela que l’on saura que l’ordre est revenu à Foréké-Dschang.
Je suis heureux de ce fait qu’à ma descente de ce jour, l’élite Foréké-Dschang ait été mobilisée pour la circonstance.
Je déclare ouvert l’enregistrement des candidatures.
Suspens et intrigues à gogo
Après le mot du chef du département, les deux premiers notables de cette chefferie à savoir Mbi Tekeng et Mbi Chekem vont se diriger vers le microphone installé devant la tribune et dire ceci : « dans notre tradition, on ne désigne ni élit le chef, car on l’arrête même contre son gré et on l’amène au « lifem » (forêt sacrée) ; nous sommes les gardiens de nos us coutumes, et lorsque vous nous aurez passé la parole, nous vous dirons qui est le vrai chef des Foréké-Dschang ».
Malgré la salve de cris et applaudissements qui venaient d’accompagner cette première intervention, le Préfet, très serein et imperturbable dira qu’il est là en tant que représentant de l’administration et de ce fait, il y aura certes un chef mais au départ il a besoin des candidats. Ensuite, il va ajouter que leur candidat ne sera fait chef s’il le faut qu’après analyse de toutes les autres candidatures recueillies et exploitées suivant la procédure énoncée plus haut.
C’est ainsi que les deux notables vont prendre acte et aller chercher leur « candidat » qui n’est autre que Djoumessi III Wamba Mathias et venir le présenter en compagnie se S.M Momo 1er roi des Foto aux autorités, sous les nombreux cris et sons de tambours.
Le Préfet dit qu’il a pris acte de cette première candidature qu’il demande d’ailleurs à son adjoint de l’enregistrer ; ensuite il va demander à ce « candidat » d’aller s’asseoir en attendant que les autres candidats se présentent.
Cinq minutes plus tard sans réaction, il dira qu’il est même prêt à accepter des candidatures par procuration. N dépit de cette attente à l’issue de laquelle personne ne se présentait, le Préfet va ajouter qu’il est prêt à attendre encore 20 minutes, le temps pour ceux des candidats encore éloignés d’arriver.
Les magnis vont profiter de cet intermède pour requérir la bénédiction des ancêtres à travers des chants rituels pour la circonstance. Après cet intermède d plus de 20 minutes, le Préfet va ajouter un bonus de 05 minutes toujours pour la présentation d’un autre candidat qui devra compétir avec Djoumessi III Wamba Mathias.
C’est ainsi que se présentera, à la grande surprise des populations, Djoumessi Jean-Baptiste (Prince et Sa’a désigné de feu Djoumessi Edmond) qui prendra la parole et après les civilités d’usage, proposera au Préfet d’abréger la cérémonie tout en émettant le vœu que les enfants de son père puissent se retrouver et laver le linge sale en famille. Car dit-il ceux qui n’appartiennent pas à une famille devront se mettre à l’écart lorsque survient un problème de famille. La foule irritée par ces propos va scander des injures et menaces à l’endroit de ce dernier.
Le Préfet face à ce vacarme va intervenir énergiquement tout en précisant à l’assistance qu’il est là parce qu’il s’agit d’une cérémonie administrative et non traditionnelle. Il ajoute que c’est d’ailleurs pour cela qu’il st en tenue de commandement ce jour ; il invite donc les troubleurs à rester tranquilles lorsqu’une personne a la parole.
Une autre intervention va être faite par un autre fils et élite de Foréké-Dschang en la personne d’Assonkeng Benoît qui, à la suite de son prédécesseur, dira à Monsieur le Préfet qu’il est d’usage de ne guérir une blessure avec une épine à l’intérieur. Il estime que d’après l’expérience vécue, l’autorité administrative en pareille circonstance consulte les notables et non la mass comparable à une poudrière. Comme il fallait s’y attendre, cette autre intervention va obliger Mafo Momo Mazetem Anne (princesse) à prendre la parole pour dire que cela fait 40 ans que le peuple Foréké-Dschang souffre et qu’aujourd’hui, qu’on cesse de distraire l’assistance car cette souffrance n’a que trop durée et qu’ensuit on est fatigué.
A sa suite par contre, un autre prince de Djoumessi Gabriel dira qu’il est un orphelin déçu de tous les côtés, tant dans l’administration que du village ; bien que pour lui, cette journée est celle d’une nouvelle ère, il suppose que chacun une famille et de ce fait, souhaite que la résolution de ce problème de chefferie soit faite en famille.
Comme il fallait s’y attendre, cette intervention va également soulever le courroux de la foule, déjà médusée par les propos précédents. Le Préfet, principal officiant de la cérémonie a reprendre la parole pour préciser qu’il est temps que ce regroupement retrouve la paix car au lieu d’accuser l’administration, l’on devrait plutôt la remercier en ceci q’elle a favorisé les retrouvailles en famille et non la division.
C’est sur cette intervention que le Préfet, ayant constaté l’enregistrement d’un seul candidat, va demander aux autres membres de sa délégation de l’accompagner à l’intérieur de la chefferie qu’occupe désormais illégalement le sieur Nkenlifack Marius, aux fins d’interroger les notables, princes et quelques élites sur le processus d’intronisation et sur la candidature enregistré.
Consultations à huis clos
La grande particularité de ces consultations est qu’elles se déroulent dans l’une des principales salles de la chefferie sous fortes mesures sécuritaires en présence de… Monsieur Nkenlifack Marius, interdit de parole par le Préfet car destitué au regard de l’arrêté N°111/PM du 22 août 2005. C’est une page de l’histoire que le groupement Foréké-Dschang qui est entrain de se tourner, surtout avec les aveux unanimes et spontanés de tous les notables, princes et les deux élites (Goufack Bernard et Nguemo Thomas) qui défilaient à tour de rôle devant les autorités pour témoigner leur attachement et fidélité aux us et coutumes par l confirmation de la « candidature » de Djoumessi III Wamba Mathias comme chef. La situation était d’autant pathétique qu »on avait l’impression d’assister à la signature de l’acte de décès d’une personne en sa présence. Djoumessi Gabriel va même profiter de cette occasion restreinte pour poser sa candidature, laquelle sera rejetée car irrecevable tant sur la forme que sur le fond. Avant de lever la séance aux environs de 18h 11 min, le Préfet devant l’insistance du sieur Nkenlifack Marius va, malgré la fatigue déjà perceptible, lui donner la parole. Derrière un discours dilatoire d’une dizaine de minutes, on sera très surpris d’apprendre que la chefferie construite par S.M Djoumessi Mathias en 1924 est devenue la propriété u sieur Nkenlifack. En guise de réponse, le Préfet a dit et précisé que c’est une autre situation qui fera l’objet d’une enquête le moment venu. C’est ainsi que le Préfet va se diriger immédiatement vers l’esplanade sous une pluie battante où l’attendaient toujours les populations et la horde des chefs de groupement depuis plus de deux heures ; il rendra compte solennellement au public des résolutions issues de ces tractations avant de préciser que son rapport devra être complété par le dossier du « candidat retenu » (à savoir Djoumessi III Wamba Mathias) avant d’être transféré à l’autorité compétente pour « onction légale » de l’administration. C’est sur cette annonce que le Préfet et sa forte délégation ont pris congé des populations Foréké-Dschang aux environs de 18h 50 min, non sans avoir fait la promesse de revenir éventuellement… Cette fois pour l’installation officielle du « candidat unanimement accepté depuis toujours ».
Source : CAFD Janvier 2006
|